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Tu fais tourner de ton nom1...

Jadis, le débit de nos cours d’eau et la force du vent animaient les moulins, indispensables à la vie quotidienne : non seulement on y moulait le grain, mais on y sciait le bois, on y foulait la laine et on y taillait la pierre.

Dès l’époque de la Nouvelle-France, les moulins à eau et à vent se sont multipliés le long du fleuve Saint-Laurent, puis de ses affluents. Ils formaient souvent le cœur des hameaux et des villages. Ils ont ainsi laissé une empreinte durable dans le paysage et dans la toponymie.

Le mot moulin est en soi un véritable « moulin à toponymes » : si sa présence dans les noms de lieux était un gage de la présence historique des moulins, plus de 600 d’entre eux auraient parsemé la carte du Québec! Or, plusieurs noms sont les derniers témoins d’une réalité aujourd’hui révolue. Ainsi, le moulin à farine de l’avenue du Vieux-Moulin n’existe plus, sa roue alimentée par le ruisseau du Moulin s’étant arrêtée depuis longtemps.

Heureusement, certains de ces bâtiments emblématiques subsistent et sont reconnus comme monuments historiques, ce qui nous permet de plonger dans l’histoire. Une trentaine d’entre eux pourront ainsi être visités lors des Journées des moulins, qui auront lieu du 26 et 28 juin prochains!

Plusieurs moulins préservés et reconnus comme monuments historiques ont inspiré des noms officiels, mais rares sont ceux qui fonctionnent encore. Parmi eux, on trouve le moulin Légaré à Saint‑Eustache. Toujours en activité, il doit son nom à une famille de meuniers qui en a été propriétaire durant une grande partie du XXᵉ siècle. On y accède par la rue du Moulin, et la passerelle du Petit-Moulin permet de traverser la rivière du Chêne, qui fait tourner la roue depuis 1762.

On moud également encore de la farine au moulin banal des Aulnaies, à Saint-Roch-des-Aulnaies. Autrefois, tout moulin banal appartenait à un seigneur, et les habitants de la seigneurie étaient tenus d’y faire moudre le grain en payant une redevance. Le moulin banal des Aulnaies était accessible par la route du Moulin, mais cette voie de communication ne permet plus d’accéder au village depuis la construction de l’autoroute Jean‑Lesage dans les années 1960. Aujourd’hui, on s’y rend en empruntant la route de la Seigneurie. Juste après le croche du Moulin, dans la côte du Moulin, s’étend la Seigneurie des Aulnaies, un centre d’interprétation de l’histoire.

L'Île des Moulins où on voit à gauche, le barrage des Moulins, suivi du moulin Neuf (1850); Puis, à droite, sur le pont piétonnier, le moulin à scie (1804) et le moulin à farine (1846). Répertoire du patrimoine culturel, MCC.

D’autres moulins dont les meules ne fonctionnent plus peuvent être visités. À Terrebonne, l’île des Moulins abrite l’ensemble d’immeubles patrimoniaux de l’Île-des-Moulins. Les bâtiments de cet ensemble – de même que leur nom – datent du début du XVIIIe siècle. L’île était à l’époque l’un des premiers centres industriels de la région de Montréal. L’énergie de la rivière des Mille Îles y était exploitée grâce à la force des rapides du Moulin. Le barrage des Moulins a été érigé en 1954, juste en aval de l’île dont il emprunte le nom. Le tout témoigne d’une période d’effervescence économique, durant laquelle les moulins formaient le cœur d’un complexe préindustriel.

À l’île aux Coudres : le moulin à vent, à droite duquel sied le moulin à eau au toit rouge, situé sur le chemin du Moulin, à droite. Répertoire du patrimoine culturel, MCC.

Sur l’île aux Coudres, la coexistence du moulin à eau de L’Isle-aux-Coudres (construit en 1826) et du moulin à vent de L’Isle-aux-Coudres (construit en 1836), situé au cœur d’un site patrimonial, offre un rare exemple de complémentarité technologique. Le chemin du Moulin mène encore vers ces installations emblématiques de l’île.

Le moulin à vent de Pointe-du-Moulin monte la garde sur le lac Saint-Louis. Répertoire du patrimoine culturel, MCC.

Construit plus tôt, au tout début du XVIIIe siècle, le moulin à vent de Pointe-du-Moulin à Notre-Dame-de-l’Île-Perrot compte parmi les plus anciens moulins à vent du Québec. Il côtoie la maison du Meunier-de-Pointe-du-Moulin. Situé sur la pointe du Moulin, il était autrefois accessible par le chemin du Vieux-Moulin, qui longe sur 1,45 km le sud-est de l’île Perrot, mais celui-ci ne s’y rend plus, car un golf occupe maintenant les 250 mètres qui séparent l’extrémité du chemin et la pointe. On peut aujourd’hui s’y rendre par le boulevard Don-Quichotte. Le nom de cette voie de communication, inspiré du célèbre personnage de Cervantes qui prenait les moulins à vent pour des géants, a-t-il été choisi au hasard, ou illustre-t-il à quel point la présence tricentenaire de l’ouvrage a pu marquer l’imaginaire des habitants de l’île?

Aujourd’hui, même si la plupart des meules ont cessé de tourner, les moulins conservent une place importante dans le patrimoine du Québec, et les noms de lieux qu’ils ont inspirés en sont un précieux témoignage.

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1 Paroles tirées de la chanson Les moulins de mon cœur de Michel Legrand.

Chronique parue le 4 juin 2026.

Date de la dernière mise à jour : 2026-06-19