Chroniques
Attribuer le nom d’une personne à un lieu est une pratique courante. À preuve, les noms de plus de 350 personnes ont été retenus pour désigner des entités du Québec en 2025-2026.
La majorité de ces noms apparaissaient pour la première fois dans le paysage toponymique québécois. C’était le cas pour plusieurs personnalités ayant une grande notoriété, comme l’astrophysicien et vulgarisateur scientifique de renom Hubert Reeves de même que la chanteuse country à la prolifique carrière Renée Martel. Ainsi, les désignations Rue Hubert-Reeves et Rue Renée-Martel rappellent depuis peu leur souvenir. Mentionnons également le hockeyeur professionnel et analyste sportif Mike Bossy, dont le nom a été donné à un aréna.
Certaines des personnes dont le nom a fait son entrée dans la nomenclature toponymique officielle cette année étaient moins connues, mais ont laissé leur marque dans leur communauté ou leur région, ou encore dans leur domaine d’activité. Ces femmes et ces hommes au parcours de vie inspirant ont accompli des choses hors du commun. Notre chronique présente d’ailleurs quelques-unes de ces personnes particulièrement dignes de mention.
Pour découvrir une gynécologue-obstétricienne émérite, un ardent défenseur de l’identité culturelle innue, un vétérinaire médaillé ainsi qu’une femme d’affaires impliquée dans son milieu, lisez ce qui suit.
Lise Fortier
Lise Fortier (1925-2014) a été, en 1958, la première femme québécoise à obtenir un diplôme de gynécologie-obstétrique du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. En 1967, elle a ouvert la première clinique de planification familiale en milieu hospitalier francophone québécois. Lise Fortier a également été présidente de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada et professeure titulaire de clinique à l’Université de Montréal. Sa carrière et ses accomplissements font d’elle une pionnière du combat pour les droits des femmes au Québec, notamment en ce qui concerne la contraception et l’avortement. Elle a reçu en 1995 le prix Abbott-Pellan-Brissette, remis par l’Association des médecins de langue française du Canada et le Collège des médecins du Québec, en reconnaissance de sa contribution à la santé des femmes du Québec. Une avenue située dans l’arrondissement d’Outremont, à Montréal, a été nommée en l’honneur de cette experte chevronnée.
Daniel Vachon
Daniel Vachon (1926-1998), également connu sous le nom innu de Tamien Pashau, a été chef du conseil de bande de Uashat mak Mani-Utenam à neuf reprises entre 1964 et 1977. En 1965, il a participé à la fondation de l’Association des Indiens du Québec, au sein de laquelle il a occupé la fonction de chef régional de la Côte-Nord. Il a ensuite contribué à la création du Conseil Attikamek-Montagnais en 1975.
En plus de sa carrière de politicien, Daniel Vachon s’est investi dans la sauvegarde et la transmission de l’identité culturelle innue. Il a mis sur pied, en 1976, l’entreprise Traductions montagnaises Sept-Îles, qui a notamment publié l’ouvrage Apprenons le montagnais en 1980. À l’époque, ce dernier constituait l’unique ressource pédagogique accessible au public pour l’apprentissage de l’innu-aimun. Puis, en 1985, Daniel Vachon a fondé les Éditions Innu et publié L’histoire montagnaise de Sept-Îles. Il a aussi traduit certains films du cinéaste Arthur Lamothe (1928-2013), les écrits d’An Antane Kapesh (1926-2004), des contes pour enfants et plusieurs publications gouvernementales. Enfin, pour l’ensemble de ses réalisations, Daniel Vachon a été nommé chevalier de l’Ordre national du Québec en 1996. L’attribution de son nom à un boulevard situé à Sept-Îles permet de préserver sa mémoire.
Roland Filion
Diplômé en médecine vétérinaire en 1938, Roland Filion (Saint-Jovite, 1915 – Saint-Mathieu-de-Belœil, 1998) a commencé sa carrière au ministère de l’Agriculture du Québec, dans la division de la santé des animaux. En 1947, il s’est installé à Saint-Hyacinthe en même temps que l’école de médecine vétérinaire, dont il a joint le nouveau laboratoire de recherche et de diagnostic des maladies animales. Devenu président de la Société de médecine vétérinaire du Québec en 1955, il a été nommé directeur du laboratoire de l’école de médecine vétérinaire trois ans plus tard. Tout au long de sa carrière, il a poursuivi de nombreuses recherches, notamment sur les maladies aviaires, avant de prendre sa retraite en 1980, après 35 ans de carrière. En 1983, il a été décoré de la Médaille de saint Éloi, la plus haute distinction décernée par l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec. Le nom du pavillon du Docteur-Roland-Filion, à Saint-Hyacinthe, rend hommage à ce talentueux spécialiste.
Émilia Haddad-Gimaïel
Durant son enfance, Émilia Haddad (Roberval, 1915 – Alma, 2012) s’est établie avec sa famille à Métabetchouan, aujourd’hui un secteur de Métabetchouan–Lac-à-la-Croix. À 17 ans, elle est devenue enseignante à Métabetchouan, métier qu’elle a exercé pendant 6 ans, avant de se marier avec Paul Gimaïel (Liban, 1896 – Métabetchouan–Lac-à-la-Croix, 1968) en 1938. Émilia Haddad-Gimaïel s’est ensuite engagée bénévolement auprès de divers organismes. Elle a notamment fondé le groupe de bénévoles Les amicalistes du couvent des Sœurs du Bon-Conseil, au milieu des années 1940, et le cercle Saint-Ludger des Filles d’Isabelle, en 1956. Plus tard, alors que son mari avait pris la direction de la boutique de vêtements de son frère, Georges Gimaïel, Émilia Haddad-Gimaïel s’est impliquée dans le commerce en devenant acheteuse en chef au rayon des femmes et responsable de la comptabilité. En 1968, au décès de son mari, elle a repris les rênes de l’entreprise et l’a fait croître de nombreuses années, avant que ses enfants prennent le relais. Émilia Haddad-Gimaïel est aujourd’hui reconnue pour son engagement communautaire et ses qualités de femme d’affaires. Une rue de Métabetchouan–Lac-à-la-Croix, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, rappelle son souvenir.
Chronique parue le 22 juin 2026.
Date de la dernière mise à jour : 2026-07-09