Origine et signification
Le nom Square Victoria désigne une place publique située dans l’arrondissement de Ville-Marie, à Montréal. Il rappelle le souvenir de Victoria (1819-1901), reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande de 1837 à 1901. Le nom de cette place publique lui a été attribué le 10 octobre 1860, quelques semaines après l’inauguration du pont Victoria par le prince Édouard (1841-1910), le fils aîné de la reine, qui a eu lieu le 25 août.
Or, l’histoire de cette place publique remonte au tout début du XIXe siècle, au moment de l’acquisition par la Ville de Montréal de terrains ayant appartenu à la famille de Gilles-Étienne Lecours (1712-1798). Après la démolition des fortifications de la ville, cet espace a été nommé Commissary Square en hommage aux commissaires responsables de ces travaux : Jean-Marie Mondelet (vers 1771-1843), John Richardson (vers 1754-1831) et James McGill (1744-1813). En 1841, le square s’est agrandi vers le nord, à la suite de l’acquisition de terrains qui servaient déjà de marché au foin. À cette époque, cette place publique aurait également été connue sous les noms de Place des Commissaires et de Place du Marché-à-Foin. Durant la première moitié du XIXe siècle, plusieurs institutions religieuses se sont établies autour ou à proximité de cet espace public (l’église American Presbyterian en 1826, le Petit Séminaire en 1830, l’église First Baptist en 1831, l’église de Sion en 1846, l’église Saint-Patrick en 1847, l’église Saint-Andrew en 1851, la Congregation Unitarian of the Messiah vers 1859). Cependant, à compter de 1860, la vocation de cet espace a changé avec l’implantation d’entreprises commerciales et industrielles majoritairement canadiennes-anglaises. De 1869 à 1886, le square Victoria, qui s’étendait alors de la rue Saint-Jacques à la rue Viger, a subi une série de catastrophes, soit deux incendies, en 1869 et en 1872, et une inondation, en 1886. Ces désastres ont entraîné la disparition de plusieurs édifices en périphérie de cette place publique. Le 21 novembre 1872, le gouverneur général du Canada, Frederick Hamilton-Temple-Blackwood, 1er marquis de Dufferin et Ava (1826-1902), a dévoilé, dans la partie sud nouvellement aménagée du square Victoria, un monument érigé en l’honneur de la reine conçu par le sculpteur anglais Marshall Wood (vers 1834-1882).
Aux XXe et XXIe siècles, la construction de gratte-ciel logeant différentes organisations des domaines de la finance, de l’immobilier, des ressources naturelles et de l’assurance ainsi que l’ouverture d’une voie de communication (rue du Square-Victoria) dans la partie nord du square Victoria ont considérablement modifié l’allure de cette place publique. On y trouve une station de métro comprenant deux accès. Celle au nord est décorée d’une structure art nouveau typique des stations du métro de Paris, réalisée par Hector Guimard (1867-1942) et offerte à Montréal par la Ville de Paris en 1967.
Date d’attribution du nom : 10 octobre 1860.
Notice biographique
Victoria, née Alexandrina Victoria (Londres, Angleterre, 1819 – île de Wight, Angleterre, 1901), est reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande (de 1837 à 1901), reine du Canada (de 1867 à 1901) et impératrice des Indes (de 1877 à 1901).
Victoria succède, en 1837, à son oncle Guillaume IV (1765-1837), mort sans descendance, comme reine du Royaume-Uni. Le 10 février 1840, elle épouse le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (1819-1861). La mort de son époux, en 1861, plonge la reine dans une profonde dépression, qui lui enlève pendant plusieurs années son intérêt pour les affaires publiques. Si le peuple britannique est d'abord sympathique à l'égard de Victoria, l'absence prolongée de la souveraine entraîne une certaine montée du républicanisme. Seule l'influence du premier ministre Benjamin Disraeli (1804-1881) lui permet d'émerger de son apathie et de regagner l'affection populaire. Les jubilés d'or et de diamant de Victoria, respectivement en 1887 et en 1897, sont l'occasion d'importantes célébrations à travers l'Empire britannique. Au crépuscule de son règne, Victoria est devenue le symbole de l'impérialisme britannique et une icône nationale associée aux valeurs familiales et aux normes strictes de la morale de l'époque.
Le règne de près de 64 ans de Victoria – le deuxième plus long de l'histoire du Royaume-Uni – est marqué par une expansion territoriale importante de l'Empire britannique, notamment en Afrique et en Asie. Au terme de celui-ci, « l'empire sur lequel le soleil ne se couche jamais » s'étend sur environ un cinquième de la surface terrestre du globe et s'est affirmé comme la première puissance industrielle et commerciale du monde. Les mariages de plusieurs des 9 enfants et des 43 petits-enfants de la « grand-mère de l'Europe » avec des membres de familles royales européennes contribuent également à accroître l'influence culturelle et politique du Royaume-Uni sur le continent. Or, le Royaume-Uni connaît aussi de profondes transformations économiques, politiques, sociales et technologiques au cours de l'époque victorienne. Si Victoria tente d'influencer en privé les décisions politiques et les nominations ministérielles, le régime parlementaire britannique se démocratise considérablement pendant son règne et la monarchie adopte progressivement son rôle cérémonial moderne, assurant ainsi sa pérennité.
Bien que la reine Victoria n'ait jamais visité le Québec au cours de son règne, la toponymie québécoise rappelle abondamment son souvenir. Victoria marque pour la première fois notre histoire nationale à l'occasion de son couronnement, alors qu'elle accorde l'amnistie à de nombreux patriotes qui ont participé aux rébellions de 1837 et de 1838. En 1857, Victoria choisit Ottawa, alors une ville d'exploitation forestière peu peuplée située à la frontière du Québec et de l'Ontario, comme capitale du Canada-Uni. Elle réitère ce choix au moment de la Confédération canadienne, en 1867. D'ailleurs, Victoria, favorable à l'union des colonies de l'Amérique du Nord britannique, contribue à ce processus par son influence rassembleuse. Au terme de celui-ci, elle devient la première reine du Canada. Notons également que la Croix de Victoria, instituée pendant la guerre de Crimée (de 1853 à 1856) afin de récompenser les actes de bravoure, reste la plus haute distinction militaire dans plusieurs pays du Commonwealth, dont le Canada.
Sources
Les rues de Montréal. Répertoire historique, 1995.
Site Web de l'Encyclopédie Britannica (consulté en mars 2023)
Site Web de l'Encyclopédie canadienne (consulté en mars 2023)
Site Web de l'Encyclopédie Universalis (consulté en mars 2023)
Site Web Royal (consulté en mars 2023)