Chroniques
Le mois de septembre 2025 marque le centième anniversaire de la nomination de Raoul Dandurand (Montréal, 1861 – Ottawa, Ontario, 1942) à titre de président de l’Assemblée générale de la Société des Nations pour l’année 1925-1926.
La Société des Nations a été instituée en 1919 par le traité de Versailles, qui mettait officiellement un terme à la Première Guerre mondiale (de 1914 à 1918). Cette organisation internationale avait pour principal objectif de s’assurer que l’Europe et le reste du globe ne se retrouvent pas à nouveau plongés dans un conflit d’une telle ampleur. Le président américain Woodrow Wilson (1856-1924) – dont le souvenir est rappelé par le nom d’une voie de communication de Longueuil – a été le principal initiateur du projet, et ce, bien que son pays n’ait ironiquement jamais rejoint la Société des Nations. La ville suisse francophone de Genève a été choisie comme siège de l’organisation en raison du grand rayonnement international qu’elle avait acquis au fil des siècles et de la neutralité traditionnelle de la Suisse. Initialement formée par 42 pays fondateurs, dont le Canada, la Société des Nations a réuni 60 États membres à son apogée. Malgré certains succès associés à la résolution de conflits locaux et à l’amélioration de la qualité de la vie à l’échelle du globe, elle n’a toutefois pu empêcher le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale (de 1939 à 1945). La Société des Nations a été dissoute en 1946, mais sa successeure, l’Organisation des Nations unies, poursuit son œuvre.
Homme de confiance du premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King (1874-1950) pour les enjeux concernant le Québec et les affaires internationales, le sénateur Raoul Dandurand a été une figure influente à Genève au cours de la première décennie d’existence de la Société des Nations. En plus d’avoir exercé la présidence de l’Assemblée générale de la Société des Nations en 1925-1926, il a participé à la rédaction du protocole de Genève, qui prohibe l’utilisation des armes biologiques et chimiques. Il a aussi veillé au respect des droits des minorités ethniques en Europe. Surtout, Raoul Dandurand a employé la tribune de la Société des Nations afin d’accroître la reconnaissance du Canada sur la scène internationale et de permettre à celui-ci de s’affranchir de la tutelle de la Grande-Bretagne, ce qui sera chose faite avec l’adoption du Statut de Westminster en 1931. Ses efforts ont aussi mené à l’élection du Canada au Conseil de la Société des Nations en 1927.
Les noms d’un canton de La Tuque, de quatre voies de communication respectivement situées à Candiac, à Laval, à Longueuil et à Saguenay, et d’un parc public de sa ville natale de Montréal honorent la mémoire de cet illustre diplomate québécois. Fait intéressant, l’épouse de Raoul Dandurand, Joséphine Marchand (1861-1925), est aussi rappelée à deux reprises dans notre toponymie. Elle était écrivaine, journaliste et activiste féministe. Une bibliothèque de Laval – hommage fort symbolique pour une femme de lettres – et une voie de communication de Montréal sont nommées en son honneur.
Hormis Raoul Dandurand, plusieurs autres éminents personnages de chez nous ont également été membres de la délégation canadienne à la Société des Nations. Parmi ceux dont les noms enrichissent la toponymie québécoise, citons notamment le général Georges-Philias Vanier (1888-1967), l’historien et homme politique Thomas Chapais (1858-1946) ainsi que la militante féministe Thaïs Lacoste-Frémont (1886-1963). La rue du Général-Vanier à Trois-Rivières, le parc Thomas-Chapais à Montréal et l’édifice Thaïs-Lacoste-Frémont à Québec comptent parmi les nombreux lieux dont les noms rappellent leur souvenir respectif.
Chronique parue le 18 septembre 2025.
Date de la dernière mise à jour : 2025-09-17